lundi 31 décembre 2012

Sceptique à l’idée de finir l’année sur une note un peu sombre, pour ne pas porter ombrage à l’an qui se profile, voilà que c’est plus fort que moi. Ce que je viens de subir hier m’y oblige : passer 1h22 à souffrir devant 4h44, le dernier film d’Abel Ferrara, doit être une expérience partagée, ne serait-ce que par principe de prévention et de précaution. L’histoire : celle d’un couple dans un appartement face à la fin du monde programmée. Tout est ouvert à partir de ce schéma minimal. Le moment du grand chaos vécu à deux en un lieu clos : une différence d’échelle sur laquelle j’accepte de monter. Casse gueule. Avalanche de clichés, jeu bouffi, dialogues anémiés, grands moments d’embarras. Vite, la fin du monde, la fin du film ! 
L’homme est mûr, jaggerien, désirant la femme jeune qui arrondit la bouche quand elle peint à même le sol, chaussée de mules pieds sensibles constellées de tâches de peinture et portant un top créateur (plus tard un pyjama de soie immaculé, une robe longue, moulante, puis rebrodée de paillettes… la costumière a bossé). Pour sublimer son inspiration, elle s'est entourée d’un petit autel bouddhiste et d'un écran tactile entre les pinceaux et les pots qui diffuse le discours d’un guide spirituel... Lui se rase (parce qu’elle aime quand il a la peau douce, même si ça sent le sapin), en même temps qu’il téléphone (on ne comprendra jamais bien le but de l’appel). Elle lâchera ensuite volontiers le pinceau, et les voilà qui font l’amour à terre, abîmant l’art tout chaud qu’elle venait de créer (confondant). Cette première scène me colle la peur au ventre. J’attends, comme eux, le pire.
L’homme s’appelle Cisco, comme le « leader mondial des réseaux transformant ainsi la façon dont nous nous connectons, communiquons et collaborons »*. Et la femme se nomme Skye, presque comme Skype, mais en plus joli, en plus septième ciel que ce « logiciel propriétaire qui permet aux utilisateurs de passer des appels téléphoniques via Internet »**. Cela devrait suffire pour nous faire comprendre que nous vivons dans un monde ultra connecté. Mais non. Le loft est un vrai magasin d’électro-tv-informatique.
Sur un écran plat, le flux du monde, bientôt tari. Le réchauffement de la planète, le Dalai Lama, les experts analystes, tous les poncifs y passent, rien ne nous est épargné. Sur les écrans d’ordinateur, les connexions s’enchaînent, pour des adieux virtuellement assourdissants de rien, aux amis, aux parents, à l’enfant d’un autre lit. Entre deux communications, Cisco écrit sur son grand cahier que le monde est bientôt fini. Waouh.
Deux scènes me terrifient :
1) La femme et l’homme méditent face à face, dans la position du lotus. Cisco a des visions (Skye, on ne sait pas, en tout cas, on ne les partage pas, ou alors c’est un flot commun, ou alors elle transcende tout par "l'art", comme on le verra) : défilent l’île de Pâques, la guerre, les exactions, les processions, les rassemblements religieux, les violences urbaines… Pitié, pas ce pot-pourri cent fois revu de la déliquescence du monde ! Puis Cisco se voit scier le tronc d’un arbre, alors qu’un rappeur (ou un mec de gang ou une star du hip hop?) le regarde faire (?!!). Il sort alors de sa gangue contemplative, la main sur le cœur (oui, oui, comme poignardé par son propre méfait de bûcheron destructeur), se lève, chancelant, pour aller pester seul sur sa terrasse contre ces salauds de pollueurs et de puissants.
2) L’intrusion du réel se fait par la venue d’un livreur chinois de bouffe chinoise, qui n’a pas vingt ans. Le jeune homme sort du monte-charge qui mène directement dans le loft. Il a l’air bien mal à l’aise face à cette vision du couple "idéal". Comme moi. Il bredouille à peine son prénom sur la demande de Cisco, on comprend qu’il ne parle pas anglais. On croît s’étrangler. New York, XXIe siècle, cité cosmopolite. Cisco s’apitoie, lui demande s’il a besoin de quelque chose, faim peut-être (mais le pauvre doit en avoir marre de manger des nouilles, c’est vrai, ajoute-t-il…), et le garçon dit péniblement qu’il voudrait bien utiliser Skype. Encore une fois, scène de connexion. Le livreur contacte sa famille à l’autre bout du monde, et lorsqu’il parle, on ne prend pas la peine de traduire, c’est du chinois, qu’est-ce que ça peut bien faire. Quand l'ado s’apprête à partir pour continuer sa tournée (après avoir embrassé le capot de l’ordinateur en guise d’ultime au revoir...), Skye l’enlace en lui disant qu’elle est tellement heureuse de le connaître…
Ce n’est qu’un échantillon de cette longue épreuve visuelle. Faire le choix d’une journée ordinaire (reste à savoir pour qui) pour contrer l’extraordinaire ne me déplaisait pas, mais ce ballet entre la poupée qui peint et l’ancien junkie sexy est une vraie agonie. La démonstration, pour le coup, est réussie.
À l’issue de cette séance douloureuse et parcourant la presse pour essayer de trouver un peu d’écho critique, je ne lis qu’éloges : film superbe, serein, contrepied zen à l’apocalypse forcément spectaculaire, belle démonstration d’un monde qui n’a plus besoin d’être éprouvé puisqu'il s’invite à la table de l’intimité par le biais des écrans, extraordinaire Willem Dafoe, émouvante Shanyn Leigh,  audacieux Ferrara renouant avec l’énergie singulière de son art…
Je suis contrariée, et si jusque-là, je me disais que j’allais conclure cette année avec un soupçon d’élégance, une pensée raffinée, un bon mot si j’y parvenais, je n’ai plus cet entrain. Il va pourtant bien falloir que je trouve un moyen de tendre une main aimable à ce truc en 13.


* et ** : les 2 mentions entre guillemets ne sont pas issues du film, il s'agit juste des définitions techniques de ce dont on parle.  

samedi 29 décembre 2012


C'est un gros morceau. Ce n'est pas la petite ritournelle qui mène d'un mois à un autre, mais un chant qu'on aime ou pas entonner : celui du passage à la nouvelle année. Pour lui, il existe un objet transitionnel. Le gui. Parlons-en. Une plante parasite qui se fixe au tronc de son hôte par un suçoir pour en prélever l'eau et les minéraux, œuvrant ensuite tranquillement à sa synthèse chlorophyllienne pour s'épanouir à volonté. Belle leçon d'humanité. Le gui, dont les baies blanches sont toxiques pour l'homme. Le gui, dont l'arrogante boule verte se repère dans un arbre effeuillé, aussi visible qu'une tumeur. Le gui, qui ne touche jamais terre. Le gui, ses parfums de péage, son prégnant sillage d'autoroute. Car dans le paysage qui défile au loin, soudain, entre deux champs, le long d'une petite départementale qui longe la modernité, apparaît cette chose dense, compacte, dans la trame des branches. Des trous dans l'air. Le ciel alors criblé d'impacts de balle. C'est ça le gui. Non, je ne veux pas qu'on m'embrasse là-dessous. 

vendredi 28 décembre 2012

Choses vues entre solstice d'hiver et Nativité : 

Les yeux du crocodile.
Les yeux de l'homme.
Les yeux du bouillon. 

lundi 24 décembre 2012

Noël dans la famille Denby, Washington D.C., 1922, 
National Photo Company
(source : Shorpy Historical Photo Archive)

dimanche 23 décembre 2012


Maintenant que cela est derrière nous et que tout est rentré dans l'ordre, je peux bien avouer un léger pincement, un menu regret, qui me suit partout comme un petit chien malodorant. Savoir que j'aurais pu partir sans avoir jamais dégusté une banane double, condamnée par l'intransigeant calibrage dictant l'allure de nos étals de fruits et légumes, m'est aujourd'hui intolérable.
Puisque le ciel est clément et la terre toujours nourricière, j'irai donc un jour prochain en Martinique et Guadeloupe pour débusquer moi-même ce spécimen rare et roboratif. Afin que cette banane bannie ne soit plus mon spectre bancal. 

vendredi 21 décembre 2012

mercredi 19 décembre 2012

Ici, on s'écrie, même si ça ne s'entend pas. 
Mais on ne hurle pas avec les loups. 
Cette brève datée du 18 décembre, publiée sur le site de Libération, dans Next/ rubrique Arts, intitulée "Peinture hurlante" (par F-L.D.) nous avait pourtant mis le cri à la bouche. On était tenté. 
Voilà son contenu : 



Dans l'article, la mention soulignée expliqué le peintre, qui doit renvoyer à une source ne mène qu'à une page d'erreur et la vidéo, lorsqu'on clique dessus, n'est déjà plus accessible le jour suivant, pour raisons de droits d'auteur...
Ce "tartinage" sonore paraissait tellement gros qu'on s'est décidé à faire le travail journalistique qui visiblement n'avait pas été fait : chercher qui est cet artiste, quel est son projet.
Kim Beom n'est pas peintre et ce n'est pas lui qui apparaît à l'écran (mais un acteur). Son but n'est pas non plus de créer guidé par une palette de cris et cette vidéo, Screaming Yellow Paint — l'œuvre elle-même et non une captation d'un pseudo peintre qui peint —, ne laisse pas présager une tendance picturale bruyante...
Kim Beom a 48 ans, une pratique conceptuelle qu'il aborde volontiers par l'absurde. Le regard de côté, le sens dessus dessous. Ses installations, ses vidéos, ses dessins ou ses livres font l'objet d'expositions internationales ; la plus récente s'étant tenue cet été à Londres à la Hayward Gallery. Ici n'est pas le lieu du développement critique, mais celui de partager le bonheur d'avoir découvert le travail d'un artiste, et la tristesse de voir qu'on en parle comme d'un gag internet. Car ce sujet traité par Libé est bien peu délicatement classé dans "Brut de Net - Les documents filmés ou sonores du web : documents d'actu ou images amateurs".
Résultat : 
Pour avoir mis la main sur un cri de contrefaçon, on s'offre un cri de consolation.
On n'a pas eu le cri qu'on voulait, mais un autre bien plus authentique, poussé contre les mauvaises manières du web, trop dépendant des raccourcis. 


mardi 18 décembre 2012


Il y a donc ce doute qui s'installe entre l'eschatologie et la scatologie. Et si la fin promise n'était que lubie excrémentielle ? Et si la langue avait fourché, et si l'oreille n'avait pas bien entendu, et si parle à mon cul. Le monde recouvert de caca, on connait déjà. Nous sommes, nous étions, et dans un futur proche, désormais, nous étrons

vendredi 14 décembre 2012


Si tout est bientôt censé cesser, et puisque nous entrons dans la semaine ultime, le moment est venu de te célébrer. Car cet espace est ton domaine, la virtualité est ton royaume. Toi le chat, socle de la pyramide, fondement absolu dans la hiérarchie des besoins régissant les actions des internautes, librement inspirée par Maslow. Toi que les humains naviguant sur le web aiment plus que les réseaux sociaux, le porno et la vision de l’échec d’autrui. Toi le Keyboard Cat jouant du synthé, toi le Lolcat, toi le quadrupède dont la toute-puissance est désormais reconnue par le tout nouveau Grand Musée de l'Internet. Il est temps que ta fourrure ne s’exhibe plus dans des contextes trop souvent dégradants. 
Aujourd’hui, quelqu’un va te sortir de là. Pour finir dignement, la queue haute. Tu as enfin droit au chapitre. Ton sauveur se nomme Jackson Galaxy. Son nom est beau, peut-être pas exactement celui de l'état civil, mais qu'importe, puisque le réel touche à sa fin. Il est là pour te chaperonner à nouveau, te redonner un peu de chaleur et te faire des chatteries. On a assez chatouillé ton ego. Tu n’es plus un phénomène de foire. Toi pataugeant dans l’eau déguisé en saucisse, toi tentant d’attraper les objets d’une chaine de télé achat, toi jouant au ping-pong avec une tortue droguée. Tout ceci est fini, terminé, du passé. Une nouvelle ère "galactique" s’ouvre à toi. Jackson est là pour toi depuis L.A. Il est ton ami, ton père spirituel : il est cat behaviourist, thérapeute comportementaliste pour félins. Ses théories sont incontournables. Qui pouvait bien un jour imaginer qu'aller naître le "journalisme félin" ? Apprendre à enquêter sur la vie de son chat hors de tout sentimentalisme et comme un vrai reporter professionnel mener scrupuleusement l’investigation, pour enfin trouver la réponse au pourquoi universel : pourquoi le matou pisse toujours hors de sa litière ? Jackson fait tomber bon nombre d’idées reçues, libère les consciences et met fin aux vieilles guerres : nous ne sommes pas plutôt chat ou plutôt chien, nous pouvons aimer toutes les énergies animales et faire cesser par notre volonté ce manichéisme domestique. Écouter Jackson parler, c’est comme entendre son chat ronronner : un flux d’apaisement et de bien-être. Bienvenue dans l'apochalypse.

lundi 10 décembre 2012

Idée Menu de Réveillon 

 Entrée : Huitre à manger dans la main
 Plat : Oeuf en bouches
Dessert : Pêche pelotée 

Menu rendu possible grâce aux images d'un film magistral : Tampopo, de Jûzô Itami (1985), revu ce week-end avec délectation. L'histoire d'une quête : celle d'une soupe de nouilles idéale, prétexte à un bouillonnement cinématographique jouissif. 

dimanche 9 décembre 2012


Un point d'interrogation pour bijou, 
une question pour seul accessoire,
et la curiosité scintillante en sautoir.

jeudi 6 décembre 2012

J'étais un peu agacée par Yoko Ono ces temps-ci et j'essayais de comprendre pourquoi. Sa médiatisation à outrance aux accents samaritains ? Cette bonne conscience avida dollars ? J'emploie cet anagramme à dessein, car l'expo Dali à Beaubourg a fait ressurgir une fameuse petite anecdote : Yoko Ono aurait acheté 10 000 $ un faux poil de moustache de l'artiste, qui aurait sciemment roulé la "sorcière" (c'est ainsi qu'il l'appelait)... Elle s'est bien remise de ce petit revers de fortune, elle est même plus en forme que jamais, partout présente en ce moment : sur les panneaux lumineux de Times Square durant 3 minutes chaque jour de décembre, sur les portants d'une boutique de mode new-yorkaise avec une collection pour hommes, dans les vitrines d'une marque autrichienne de cristaux avec une ligne de bijoux... Bref, les raisons de mon irritation se précisaient. Et puis, je suis tombée sur le documentaire Bed Peace datant de 1969, où elle et John Lennon décident de passer 8 jours au lit pour donner une chance à la paix dans un hôtel de luxe à Montréal, sous les tirs croisés des caméras et des micros. Le film se termine dans les airs par le départ du couple en montgolfière, pour échapper aux acariens. Leur mode de transport m'a sauté aux yeux. Je peux affirmer ici que cet objet volant a fait un long chemin, gonflé à bloc par les médias, la célébrité, l'argent, le succès, pour parvenir jusqu'à nous, tout près, dans une cour carrée, pour promouvoir un malletier. C'est, semble-t-il, la voie des idéaux. Terminer sur un sac, au bras d'une coquette argentée.
Ah, au fait, Bed Peace a été produit par Bag Productions. Je n'invente rien. 
© 1969 Yoko Ono Lennon
Elle est passée par ici, elle repassera par là ! 
© 2012 Louis Vuitton

mercredi 5 décembre 2012

(Wishlist)

Faire des promesses
Faire des provisions
Faire des projets
Faire des profits
Faire des profiteroles. 

lundi 3 décembre 2012

Cher aujourd'hui, 
je voulais juste te remercier, comme ça, en passant. Ce n'est pas toujours évident de trouver les mots pour te dire que je n'ai même pas vu filer la journée avec toi. Alors voilà, cher aujourd'hui, je voulais t'exprimer ma gratitude. Prendre le temps de te dire ce qui me plaît chez toi. D'abord, tu sais toujours t'arrêter au bon moment. Et puis, tu ne procrastines pas. On peut compter sur toi, tu ne remettras pas midi au lendemain et le soir viendra, et qu'il est bon de voir tomber la nuit, et tout ce qui va avec, qu'on fait sans y penser.
Je te dois une fière chandelle. Grâce à toi, hier et demain sont un peu moins arrogants. 
On m'a souvent parlé d'avant-hier, j'ai fait celle qui n'entendait pas. On m'a dit du bien du surlendemain, je n'ai pas plus réagi. Le seul avec qui je veux bien accepter un échange, une petite conversation minute, c'est maintenant. Sauf lorsqu'il est avec son acolyte jamais ; auquel cas je change de trottoir.
Je voulais enfin te remercier pour toutes ces choses que tu mets sur mon chemin ; un ciel, une pelure d'orange, une drôle de silhouette qui tangue au loin sur l'avenue. Et ces oiseaux, tous ces oiseaux. 
Pour tout ça, merci. 

                                                                                                  

Aujourd'hui,
Je te déteste, voilà c'est dit, cela fait trop longtemps que je ronge mon frein à ton propos, et je n'y tiens plus. Tu me déçois. Tu me dégoutes. Chaque minute passée à tes côtés est un long tunnel d'abnégation, de désillusion, de tourment. A peine ai-je le dos tourné que je sens ta grande aiguille se ficher dans ma nuque, pour m'injecter une nouvelle dose d'ennui et de tracas. Qui t'as donc inventé ? Parfois, je me demande comment serait la vie sans toi. Mais ce rêve est trop cruel. J'en ai discuté avec le passé et le futur, et ils partagent mon aversion. Tu vois, je ne suis pas la seule, tu es dans le collimateur de pas mal de monde et cela devrait te faire réfléchir. 
Tes ennemis se joignent à moi,
bon vent.


dimanche 2 décembre 2012


Et j'apprends qu'en Haute-Normandie est organisée une distribution gratuite de parapluies jaunes fluorescents pour les + de 65 ans, visant à sécuriser la traversée d'une route pour les piétons âgés.

mercredi 28 novembre 2012


La Maison à serrures, c'était moi ! 
Malgré tout, et boudant le yoga, 
 Ignorant l'art du Pranayama,
Face aux verrous, ne capitulant pas.
Close comme une maison 
que seul le doute habitera. 

(la clé ci-dessus ouvre sur son propre corps, si je peux dire. Il s'agit en fait d'une prise dans un mur de yoga, et dans l'anneau en fer, sont glissées les sangles qui serviront à harnacher la jambe, le buste ou le bras. Un hôtel parisien dispose désormais de ce type de service en chambre. Il n'est pas précisé si le maître yogi s'appelle Nobuyoshi). 

lundi 26 novembre 2012

Nous y voilà. Dans la zone mordorée et hypercholestérolémique : Noël. Un mois de compte à rebours à l’abri d’un Nordmann docile, dont les aiguilles tomberont juste après les réjouissances. Au pied duquel, peut-être, un dernier cadeau volumineux attendra l’enfant. Sous la peau de papier festive, le jouet apparaît : la façade d’une bicoque en bois faite de serrures à ouvrir ou à fermer, c’est tout. Des cadenas, des fermetures, des chaînes de sécurité, du métal qui jaillit de partout. Bien sûr, un enjeu éducatif a motivé le choix. « Stimuler la motricité fine et la concentration. » Drôle de voie. Car à moins de vouloir faire de sa progéniture un futur membre du personnel pénitentiaire, un paranoïaque claquemuré, un amateur de pratiques fétichistes, pourquoi renforcer son goût des verrous ? L’enfant aime passionnément ouvrir ou fermer les portes. Mais est-ce vraiment cette manipulation qui lui plaît ou le fait d’avoir, grâce au cliquetis des clés et par l’entremise du trou de la serrure, accès au royaume des adultes ? Le pouvoir de délimiter par lui-même le privé du public, de savoir où commence un territoire ? Cette joie de décider, enfin, de quel côté de la paroi se tenir, comme celle de laisser hors de vue, l’espace d’un instant, ce grand machin qui ne cesse de vouloir être là, partout, toujours, avec lui, le parent ? Spéculations non expertes, mais en tout cas l’objet intrigue.
 
("Maison à serrures" vue dans les pages shopping Noël du supplément 
Version Femina du Journal du Dimanche, le 25 novembre)

dimanche 25 novembre 2012


Qu'est-ce qui ne va pas en ce moment ? 
Vous voulez peut-être qu'on en parle ? 

jeudi 22 novembre 2012


Il m'aura donc fallu attendre cette centième élucubration prétexte à fiesta, finissant par engloutir seule au petit matin, accoudée en Balmain, trop de boissons iridescentes et de breuvages irisés, pour comprendre une seule et unique chose : ce que veut vraiment dire avoir la gueule de bois. Rien à voir avec le fait de se réveiller la bouche sèche comme une bûche — qui, soit dit en passant, est toujours trop humide au moment d'allumer un feu, stoppant là la flamme métaphorique — ou pâteuse comme une pâte à bois — mais ceci est une version non homologuée, alors passons aussi —. Non. Comme on peut lire une coupe de bois à cœur ouvert, qui nous dira son âge, son nom, ses vérités, ses maladies, le visage du buveur possède lui aussi l'éclat de l'aveu. Il éructe des copeaux de réalité ; de lui s'échappe une sciure qui s'insinue partout, fait éternuer ses proches, frotter les yeux de ceux qui l'entourent et qui pourtant croyaient le connaître. Et puis, il ne cesse de débiter, c'est plus fort que lui, des morceaux dont tous se demandent quoi faire : une cagette, peut-être, pour l'aider à porter son propre fardeau. Une caisse, pour ses futures bouteilles. Une cale, enfin, qu'on oubliera dans un coin.
La gueule qui a bu et le bois abattu partagent la même dégaine d'empreinte digitale. Le même air de celui qui ne peut nier, que tout confond avec lui-même. Comme l'arbre qui cache la forêt, le dernier verre n'est jamais que le pénultième. Et le buveur, coupable ès coupes, remet à chaque gorgée sa tête sur le billot. Dégrisé un jour, promis au bûcher le lendemain. 

mercredi 21 novembre 2012


Je vous attends nombreux 
pour fêter mon 100e message en ligne ! 
Venez avec un petit quelque chose à grignoter 
ou simplement avec votre bonne humeur !
(dress code : que du Balmain) 

lundi 19 novembre 2012


La couverture du Vogue spécial Collections Printemps-Été 2013, qui sort demain en kiosque, me rappelle un de mes engouements stylistiques pour le motif de la bande dans le vestiaire féminin, dont j'avais parlé ici, lors des semaines de la mode. Alors j'en profite pour actualiser ma production, reprenant sans grand génie de direction artistique mon assemblage et l'augmentant d'un titre opportuniste. Inaugurant par la même occasion une sorte d'onanisme en ligne, puisque je m'autocite avec délectation. 


dimanche 18 novembre 2012

J'ai vécu un moment total aujourd’hui, à 16h30 très précisément, je peux le dire sans sourciller. Venue visiter « The Museum of Everything »,  au 14 boulevard Raspail, passait devant moi un cortège réunissant des manifestants contre « Le mariage pour tous ». L’espace d’un instant, alors que se produisait cette collision de tous ces "Tout", je suis moi-même devenue une entité omnipotente et omnisciente. J’étais les genres et les sexualités, j’étais saine folle, j’étais vieille en poussette, j’étais réactionnaire femen, j’étais possédée éclairée, j’étais policier manifestant, j’étais banderole fumigène, j'étais mépris et don, j'étais liberté encartée, j'étais rires larmes, j'étais aquarelle crachat. Un tout bordélique m’a envahi, puis s’en est allé, comme un rien. Alors, l'art a bien voulu de moi. 

vendredi 16 novembre 2012


Paris Photo : cliché, quand tu nous tiens. 
Je propose pour l'édition future une signalétique spécifique à laquelle je donnerai le nom suivant : Les coups de gueule d’un visiteur lambda. Elle viserait à pointer du doigt les travaux les plus merdiques repérés par un œil qui n’a ni à promouvoir son actualité, ni à polir sa notoriété, et dont l’intervention ne légitimera l’image d’aucune institution. Il se réservera le droit de faire un choix tissé d’indigences, de scandales visuels, de vrais drames pour la création photographique ; autant de verrues qui ça et là, ne manqueront pas de saillir entre les travées A et E. Une sélection abominable à rassembler dans un livre doré sur tranche, si un éditeur kamikaze en acceptait toutefois la publication. On sort, paraît-il, grandi de ses échecs ; on peut bien apprendre des mauvaises photographies. Et justifier sa réticence peut s'avérer un exercice délicat. 

jeudi 15 novembre 2012


Paris Photo, sous la verrière du Grand Palais. 
Cette année, David Lynch est invité à dire ses préférences et dans les allées, chaque image élue de lui est gratifiée d'un petit panneau noir, où figure la mention manuscrite Vu par David Lynch d'un blanc lumineux très chic. Un cartel bien trop présent et qui ne cesse de divertir l'œil. Son goût mis en avant, le nôtre peut bien descendre à la cave. On aimerait tellement que des créateurs influents se rebellent face à ce genre d'opération Coups de cœur d'une personnalité d'exception émanant des instances organisatrices et communicantes. Entendre Werner Herzog asséner un "Allez vous faire foutre avec vos idées grotesques", Jean-Louis Trintignant couper court par un "Plutôt mourir que d'ouvrir ainsi ma rétine", ou Manoel de Oliveira rétorquer d'un "C'est ridicule et puis j'ai autre chose à faire, je tourne un film." 

mardi 13 novembre 2012

SPÉCIALES DEDICACES :

Les couvertures des variations philosophiques sur la gentillesse d'Emmanuel Jaffelin, aux éditions Bourin, ont souffert de vandalisme dans les replis de ma bibliothèque, alors que je me faisais une joie de feuilleter à nouveau ces ouvrages, en l'honneur de cette journée dédiée. Monde cruel. 

dimanche 11 novembre 2012


La paix a peut-être une homonymie malheureuse
Et la mort l'ironie d'une étreinte.
Mais à l'heure du cessez-le-feu, 
C'est bien le nom d'un cocktail qu'on entend.
Apprécié des poilus dans la tranchée d'un club, 
scotch brandy vermouth et limonade, 
Avant la grande guerre des taxis en pleine nuit fériée.  

mercredi 7 novembre 2012


Je trouve un terrain d'entente à ces deux photos. Une même distance plaisante du sujet face au saugrenu. Et pourtant, hélas, plus qu'un océan les sépare. L'une a été réalisée à une époque où l'introduction dans le vocabulaire commun de la dénomination "coach de vie" était en cours. J'en frémis.  


Collaboratrice d'Alfred Keller, créateur de modèles d'insectes agrandis dans les années 50, visibles au Musée d'Histoire Naturelle de Berlin. 
Le compositeur John Cage, le jour de ses 80 ans, aux États-Unis, en 1992 (photo : steven speliotis).

lundi 5 novembre 2012

Alors que certains ont les yeux rivés sur les États-Unis d'Amérique, pour ma part, je brûle de savoir qui a remporté le Mondial de la Pizza, qui s'est tenu à Disneyland Paris, hier et aujourd'hui, dans la salle du Dôme. Un hommage à la calzone ? J'en doute, car elle n'apparait pas dans les catégories puristes du concours. Ouvert à toutes les pizzaïolas et à tous les pizzaïolos de toutes les nationalités, les compétiteurs en tenue de circonstance sont jugés sur la conception, la présentation, l'hygiène et le goût de préparations à base de pâton : la Classica (ronde, 29 cm de diamètre minimum), la Teglia (plaque de 60cm x 40cm, une spécialité romaine), la Large (où comment réaliser le disque de pâte le plus grand possible avec une unité de 500 gr), sans oublier la pizza de Demain (le fleuron de l'innovation), le Free Style individuel (oui, il existe une discipline appelée Pizza acrobatique, dans laquelle un véritable athlète de la pâte enchaîne des figures, qui, pour l'occasion, seront liées à des musiques de films de Disney ou de Mickael Jackson), et enfin la Rapidité (qui consiste à étaler le mieux possible quatre pâtons en un temps record). 
J'ai un regret : la pizza dessert est strictement interdite. Alors, je me console avec cette citation de Thierry Graffagnino, Président de la Fédération des Pizzaïolos de France : " La pizza est un art. C'est la rencontre de l'artiste avec son œuvre.Tout comme la toile, elle n'est jamais arrêtée. La pizza trouve donc son excellence dans la créativité par la recherche perpétuelle d'innovation." 
Que le meilleur gagne. 

dimanche 4 novembre 2012


Polaroid trouvé côté cul des camions d'une brocante/vide-grenier, 
en voulant échapper à la foule et aux étalages. 
Le pas de côté qui fait de ce dimanche un moment lumineux. 

vendredi 2 novembre 2012

Un homme s'attable à ma gauche, il est seul et visiblement c'est un habitué, car le serveur anticipe sa commande par une interrogation de routine : "Un café ?".
L'homme possède deux téléphones qu'il met l'un sur l'autre. Une habitude fréquente, me semble-t-il, chez ceux qui en ont deux. 
L'un rejoint bientôt son oreille, et je l'entends déclarer : "Ces discussions de frigidaire ne m'intéressent pas, pour la énième fois." 
Il ne restera pas longtemps, visiblement agacé, laissant un espresso à peine avalé.
À ma droite, deux femmes, présentes avant mon arrivée et qui seront là après mon départ, ont peu à peu un échange qui prend la forme d'une confidence. L'une évoque sa quête de l'amour, puis son anorexie adolescente, ses troubles alimentaires liés à d'autres traumatismes, son diagnostic précoce d'anosmie, sa vie et sa relation à la nourriture avec un odorat défaillant, à celle qui l'accompagne et semble tout apprendre de ce parcours personnel. 
Alors commence ma métamorphose en bac à légumes. 

lundi 29 octobre 2012


Dessin non signé trouvé ce jour, à terre, devant l'entrée 
d'une école maternelle publique dans le quartier de Belleville, Paris, 
alors que les vacances de la Toussaint viennent de débuter. 

Une main anonyme a donc réalisé cette petite danseuse qui me plaît bien. Je n'ose tout d'abord pas m'en saisir, doublement interdite. 
Primo, le trottoir, large à cet endroit, désert la plupart du temps, est d'ordinaire très apprécié des chiens et de leurs maîtres. Le souvenir humide de toutes leurs déjections illicites m'empêche de toucher le bitume. Un peu plus et je vois ces années de crottes me sourire, boudins narquois.
Et deuzio, on n'accepte pas ainsi de faire sienne la moindre tentation de papier, surtout si elle est le fait d'un enfant inconnu. 
De retour un peu plus tard, empruntant le même chemin, je m'aperçois que le dessin est toujours là, contre une roue de vélo de ville attaché au mobilier urbain de sécurité, règlementaire à cet endroit. Il n'intéresse personne. 
Le verso de la feuille qui a servi de support créatif me livre un indice : il s'agit d'un papier à lettres aux lignes prétracées, avec un logo et la mention :
InterContinental 
Paris Le Grand
C'est le nom d'un hôtel luxueux situé face à l'Opéra Garnier. Dans le lobby de cet établissement étoilé, il est dit qu'on trouve des peintures représentant la grande actrice Sarah Bernhardt. 
Et parce que nous voilà déjà fin octobre et qu'une nouvelle mission mensuelle m'attends déjà, j'irai, en novembre, mon document sous le bras, scruter chaque mur, chaque couloir, chaque recoin moquetté, intriguée à l'idée de savoir si La Dame aux Camélias a servi de modèle à cette femme bleue, qui semble avoir voyagé dans le temps et les esprits pour être entre mes mains aujourd'hui.

jeudi 25 octobre 2012


"Je me réveille avec un thé ou un jus de citron chaud. Ensuite, mon copain me fait les meilleurs flocons d'avoine qui existent : avec des baies de goji, du cacao, des graines de lin et de chia, de la banane, du miel et des noix de cajou.*"

Et nous sommes foutus si même le petit déjeuner devient un objet mystérieux, un rituel obscur et discriminant, l'allié de notre mauvaise conscience. 

* extrait du magazine Elle du 14/09, page Beauté Vanity, réponse à la question "Au petit déj, intox ou détox ?", posée à Anaïs Pouliot, modèle de l'agence Elite. 

lundi 22 octobre 2012

Le libraire. Il s'est passé quelque chose avec lui. Il a peut-être fini par détester l'objet livre auquel il a consacré sa vie. Il n'en peut plus de devoir se rendre jour après jour dans ce quartier de Saint-Germain-des-Prés où suinte une immense fatuité. Il préférait mille fois ce pigeonnier un peu à l'étroit, ce bateau ivre, cette maison livre troquée contre une ancienne boutique Dior, dans laquelle l'institution littéraire pour laquelle il travaille a désormais déménagé. Parfois, dans la réserve, lorsqu'il est seul, il se saisit d'un marqueur et d'un sac plastique, ajoute un t à hune, mais son écriture est toujours un peu tremblante, la thune n'est pas crédible, et il n'ose pas glisser l'intrus dans la pile de sacs de l'enseigne. Oui, la littérature est un produit de luxe, voilà ce qu'il en pense, elle est de mèche avec l'argent, et ce n'est pas pour rien que, passée la porte d'entrée, trône la caisse enregistreuse. Il ne se l'avoue pas, mais il a honte d'accueillir les clients derrière ce comptoir comme une dame pipi qui demanderait d'abord de payer. Parfois, dans la réserve, il aimerait foutre le feu, mais il ne le fait pas. À force d'être cerné ainsi par la fiction, il a perdu le sens de la déraison. Alors, il reste là, et se venge sur les auteurs, les obligeant à des rapprochements douteux. Il aimait Beckett pourtant. Justement, il l'aimait tellement. 
Il a craqué. Il recommencera.


samedi 20 octobre 2012



Et comme si la pluie ne suffisait pas, 
assister impuissant au spectacle suivant : 
voir dans la flaque le chat qui est en eux

jeudi 18 octobre 2012

(le jour d'après)


Déambulant hier dans les allées de la Foire Internationale d'Art Contemporain, je me suis sentie un peu comme cela parfois. Prise d'une incrédulité visible. Mais ne tournant jamais le dos à l'art, car le plaisir du regard est mon fondement. 

la source de cette image ici 

mardi 16 octobre 2012

(le jour d'avant)
Farcir d'Insultes un Acronyme Conciliant
(parce que ça détend)

Fiente Implacable Après Constipation
Foutrement Insupportable Accessoirement Chiant
Fille Indigne Arrête Cela
Faible Intérêt Attrait Compassé
Froussarde Imitatrice Aimant Copyrighter
Freluquet Invisible Accident Calorique 
Filtre Imbuvable Atroce Cuite
Féroce Inimitié Attend Climax
Friture Imbibée Ambiance Choucroute
Fourbe Insaisissable Authentique Chienne
Fiancée Infidèle Amoureux Cocufié
File Inflationniste Attirance Crédule
Fou Interné Abruti Camisolé
Fêtard Influençable Alcoolique Commotionné
Faudrait Imaginer Autrement Créer
Faiseur Ignorant Auteur Catastrophe
Fielleuse Ignoble Abjecte Crevure
Filou Intrépide Attrape Cash
Fauché Impayés Artiste Condamné
Fortuné Imposé Argenté Courtisé
Fainéant Incapable Assisté Chômeur
Farandole Improbable Associés Cannibales
Facebook Illisible Abcès Contemporain
Forcément Inodore Assurément Clinquant
Frigide Inhibée Alluvionnée Chronique
Fiel Interminable Atrabilaire Cirrhosé
Fausse Intrigue Absolue Connerie
Fourrure Identitaire Ascension Caviar
Froid Impénétrable Arrogant Calcul
Fable Indigeste Approximative Conspiration
Farceuse Indécence Avant Cauchemar
Foireux Indigent Apprenti Clown
Fatigué Isolé Anémié Comateux


(après, ça va bien mieux) 

dimanche 14 octobre 2012

Après tant de pluie...


Si, hélas, je ne parvenais pas à rejoindre le bord, le bar, le bonheur, le bunker, le bunnyland, le boulevard ou le beau temps, au moins suis- je parvenue, les deux pieds bottés de pluie, à voir le Brook (le-film-de-Peter) et cette photo en témoigne : loin devant, le génie du réalisateur et des acteurs, et moi derrière, à la peine mais volontaire, leurs pas, je suis. Cette image, extraite de Tell me lies, en est aussi l'affiche. À la manière d'un "musical" sur la guerre du Vietnam, il fut tourné à Londres en 1967, écarté du festival de Cannes en 1968, primé à Venise la même année avec une Mention spéciale du Jury, puis égaré, retrouvé, restauré et projeté aujourd'hui. Une brillance, une bénédiction. 


© Fondation Technicolor Fondation Groupama Gan Brook Productions

jeudi 11 octobre 2012

Puisqu'il pleut encore....



J'ai trouvé ces photos de parapluies (de cérémonie pour être précis) sur le site d'un marchand en gros spécialisé dans l'article mauvais temps. Dans leur "catalogue" en ligne, ces drôles d'images détonnent. Je leur trouve une aura. Le fond, probablement. Le choix du cadrage aussi : tout sur la poignée courbe, rien sur la toile ou les baleines...  Et je me demande qui, du responsable de vente ou du chargé marketing, a  eu ce moment de folie de placer les pépins ainsi...


à gauche : parapluie automatique diamètre 104 cm
à droite : parapluie à ouverture manuelle diamètre 102 cm

mercredi 10 octobre 2012

Bonjour. Voici une petite annonce parue sur le site Craigslist en septembre (et depuis lors retirée), liée à une actualité qui nous mène jusqu'au 27 octobre (je tiens quand même à ne pas faire que du réchauffé). J'ai découvert ici son existence, et sa raison d'être : 

"Gallery Seeks Man to Ejaculate Tonight (Chelsea)
Chelsea gallery needs a man to come in tonight after hours and ejaculate onto our wall. You will be completely alone in the room and we are happy to provide you with "encouragement". Should be comfortable being photographed from behind while masturbating but your face will absolutely not be included in the picture, just your back. Again, the camera will be triggered by remote so you will be completely private.
Your semen will be included in our forthcoming exhibition (the photo will only serve as documentation)."

"Galerie d’art recherche homme pour éjaculer ce soir (Chelsea)
Une galerie à Chelsea a besoin d’un homme pour venir ce soir après l'heure de fermeture éjaculer contre un mur. Vous serez complètement seul dans la pièce, et nous mettrons à votre disposition du matériel stimulant. Il faudrait que vous vous sentiez à l’aise à l’idée d’être photographié pendant que vous vous masturbez ; votre visage ne sera absolument pas inclus dans l’image, la prise de vue se fera seulement de dos. L'appareil sera actionné à distance pour ne pas déranger votre intimité. Votre semence fera partie de l’exposition à venir (la photographie est un document d’archive uniquement)."

Je pourrais m'arrêter là, après cette traduction réalisée sans Google Translate. D'ailleurs, la voici :

"Galerie Cherche homme d'éjaculer Tonight (Chelsea)
Chelsea galerie a besoin d'un homme de venir ce soir après les heures et éjaculer sur notre mur. Vous serez complètement seul dans la chambre et nous sommes heureux de vous fournir une "incitation". Devrait être à l'aise d'être photographié par derrière tout en se masturbant, mais votre visage ne ​​seront absolument pas être inclus dans l'image, que votre dos. Encore une fois, la caméra sera déclenchée par télécommande vous serez donc totalement privé. Votre sperme sera inclus dans notre prochaine exposition (la photo ne servira que de la documentation). "

Mais c'eut été un peu court, jeune homme. J'ai le sentiment que cela demande un peu plus... 
Solliciter l'humain, devenu celui qui active l'œuvre : une donnée artistique qui, depuis que pose le modèle au moins, me va. Mais le solliciter pour une production de cette nature ? Eh bien, dès lors qu'elle neutralise comme ici toute la quincaillerie cul, pourquoi pas. La rudesse appliquée de l'énoncé, l'insistance sur l'anonymat et le respect d'une configuration privée sont comme de frais anachronismes. Somme toute, une affaire simplement menée. No sex. Il suffit d'avoir son fluide avec soi. 

Donc, l'exposition en question, intitulée Sperm, proposée dans la galerie new yorkaise Metro Pictures, est l'œuvre de l'artiste allemand Andreas Slominski. Sperm (il insiste sur le terme, qu'il préfère à semence) se déploie dans plusieurs salles. Certaines recèlent des éjaculats humains, d'autres animaux, directement sur les murs, également au sol. L'annonce a donc porté ses fruits. Des hommes se sont présentés, ont accepté la mission. Au sein de la galerie, quelqu'un a fait le suivi du projet, a dû trouver les mots pour demander à l'homme de respecter le marquage au sol décidé par l'artiste, a fourni le matériel stimulant... Pour ce qui est des animaux, un directeur de zoo, amateur d'art, a été très coopératif, faisant livrer divers échantillons, conservés dans le réfrigérateur de la galerie.

Je n'ai pas vu cette exposition, et ne devrais de ce fait pas en parler. Mais le sexe appelle le bavardage... et les vues accessibles en ligne deviennent des pièces à conviction d'un genre nouveau. Mais où est le sperme ? On ne peut pas s'en foutre, c'est plus fort que soi. Le monde est comme ça, la giclée est désormais une image d'Epinal. 
Et l'œil de distinguer tout au plus une trace sur un mur, hors du foin ou des tongs qui occupent le champ. Il y a un piège, forcément. Cette invisibilité, en rupture avec le geste qui a mené là, si investi, si copieux, ça ne se peut pas.

Le piège, justement, anime Andreas Slominski. Sa quête : saisir le point de contact, le moment où, l'instant précis, qu'il traque par des propositions bien différentes. En élaborant par exemple de vrais pièges (à singes, à chats noirs...) toujours plus compliqués, qu'il présente comme autant d'installations inoffensives car sans proie. En plaçant ailleurs un tapis bleu comme celui qui réceptionne les perchistes et sa barre intacte, fière et hautaine, mais sans athlète. Toujours l'obstacle, le franchissement... 
L'éjaculation = un autre point de non retour. Sans partenaire.
Le visiteur est peut-être le partenaire (comme il pourrait être la proie ou l'athlète), celui à qui le piège est destiné. Il veut sa dose, et Slominski lui donne. Elle vient à la lecture d'un titre accompagnant la vision d'un mur "doublement spermé" : Sperm of a Black Man and a White Man - Sperme d'un homme noir et d'un homme blanc. Pourquoi ? Que vaut cette distinction, vers quelle information conduit-elle malgré tout ? On tombe, comme un perchiste, de la haute idée qu'on avait de soi au contact de l'art. 
On se dit que d'autres annonces sur lesquelles la galerie n'a pas souhaité communiquer ont dû circuler... Celles qu'il aurait fallu regarder. Déception, patatras. Le piège se referme. J'ai mis la main où il ne fallait pas. Les trucs autour du sexe font dire n'importe quoi.