dimanche 29 décembre 2013


Mon chéri n°29 :

Elle déshabilla Pierre pour habiller Paul.
Se remaquilla. Correctement.
Puis sortit.
Laissant Pierre et Paul ainsi.

vendredi 27 décembre 2013


Sarment n°27 :

Avoir la mine des fêtes.
N'être pas un cadeau.
Tout déballer. 

mercredi 25 décembre 2013


Chardon n°25 : 

J'ai cherché, moi aussi, à revendre mon présent sur Internet. 
"État de marche ok. Pas d'éraflures. Bon pour usage quotidien."
Personne n'était preneur !

mardi 24 décembre 2013


Demi-sphère n°24 : 

Et voyant ces sapins
éprouver le besoin
irrépressible
de dire aux chérubins
très fort
que l'esprit est malin
que tout effort est vain
inutile
lorsque
le désir enfantin
épouse le dessein  
la forme de demain
celle du pouvoir sans fin
la pyramide 
petit fléau humain
son quotidien.

dimanche 22 décembre 2013


Marrons glacés n°22 : 

Il fit des pieds et des mains 
pour que son corps s'érige enfin. 

samedi 21 décembre 2013


Escargot n°21 : 

Pendant les fêtes
Je ne maigris pas 
Mais c'est un fait
Je m'aigris.

mardi 17 décembre 2013


Bûchette n°17 : 

Elle attacha Pierre avec Paul. 
Se remaquilla. Un peu.
Puis sortit. 
Laissant Pierre et Paul ainsi. 

lundi 16 décembre 2013


Fourré liqueur n°16 : 

Nous avons tiré à pile ou face.
Et la pièce trancha. 

samedi 14 décembre 2013


Orangette n°14 : 

Une campagne nationale de stérilisation des bocaux alimentaires était lancée. Leur reproduction sur les étagères des buffets de cuisine connaissait ses derniers jours. 

vendredi 13 décembre 2013


Amande enrobée n°13 :

Elle est tombée amoureuse.
Elle est tombée enceinte. 
Elle est tombée dans les pommes. 

Il est tombé sur un os. 

mercredi 11 décembre 2013


Mendiant n°11 :

Il effrayait si bien la chronique que la rumeur détalait sans s'étaler à son sujet. 


lundi 9 décembre 2013


Palet n°9 :

Et elle agit avec perte et fracas sur ordre de la discrétion. 

dimanche 8 décembre 2013

vendredi 6 décembre 2013


Praliné noisette n°6 :

Les chocolats écœurent. 
Bons petits soldats.
Substituts de l'amour. 

mercredi 4 décembre 2013

mardi 3 décembre 2013

lundi 2 décembre 2013


En décembre, mes pensées sont aussi confondantes que l'assortiment d'une boîte de chocolats, que j'apprécie particulièrement en format ballotin. 
Aujourd'hui, bouchée n°2 : 

La torture partage avec la tortue la même lenteur d'exécution. 

jeudi 28 novembre 2013


Faire cadeau de remerciements 
(Thanksgiving)

Je remercie la dinde, la farce, le dindon de la farce, la sauce, le pain, la nappe où je m'essuie les mains, le verre plein, le gras qui luit, la bougie, l'œil dans lequel j'aperçois sa flamme, ou peut-être est-ce autre chose, une lueur dont je ne sais rien, je remercie la gare où je suis descendue, l'odeur de cigarette qui traversa le wagon (comme la valise invisible d'un voyageur) tel un fumet dans la cuisine où je reviens, je remercie le dossier de la chaise qui vient d'embrasser ma chemise, les assiettes empilées changées pour le fromage malgré les oh non des invités, je remercie le fromage, surtout celui à droite sur le plateau que d'autres convives ont l'air aussi d'apprécier, je remercie le rire qui vient de fuser dans le couloir et qui n'est même pas provoqué par mon trait d'esprit, je remercie la digestion, l'hébétude, le lave-vaisselle, le froid piquant mes joues dans la nuit.

mardi 26 novembre 2013


On sonne

C'est elle
la vois-t'U

On sonne
X X

C'est elle 
Je te d'I

On sonne
L M

C'est elle 
accueille-l'A


dimanche 24 novembre 2013


Mon pouce est tombé
dans le caniveau souillé
ma main depuis
porte un gant immaculé

Ma langue a glissé
de tout son long s'est étalée 
ma bouche désormais
ne prend plus l'escalier

Ma voix a percuté
une voiture folle à lier
mes aigus dès lors
aux virages lèvent le pied.


jeudi 21 novembre 2013


Suggestions du chef 

jus émétique
vin au verre pilé
velouté façon glaucome sénatorial 
macédoine d'ADN
tartare de pulpe digitale
carottes vichystes
bête aller-retour à la peur
frite au couteau dans le dos
dessert humide

mardi 19 novembre 2013


Et elle se jeta douillettement 
dans la gueule du loup de mer
car il fallait bien à un moment
affronter le précoce hiver. 

dimanche 17 novembre 2013

Comment j'ai appris 
à ne plus m'en faire 
et à aimer la sonde


Je ne sais pas de quelle couleur sont les blouses en satin du personnel soignant, avec quelle molécule sont parfumés les formulaires d'entrée, si un shaker brille parmi les instruments chirurgicaux, quand a lieu la fête des internes, pourquoi la chambre 23 rend euphorique, comment un ancien patron de boite de nuit a pu devenir anesthésiste, mais malgré tout, je n'hésiterai pas à venir ici. Si jamais.  

jeudi 14 novembre 2013

Photosensible

Derrière un rideau blanc, la coulisse d'un stand d'exposant Paris Photo. Sur la gauche, une étagère. Niveau supérieur. Là repose la peau d'une banane sur un rouleau de scotch à côté d'une bombe de colle en spray, de quatre petites bouteilles d'eau minérale au goulot rouge encore scellé, d'un petit ramequin dans lequel quelques olives noires côtoient quelques amandes et tout autour, des cadres retournés ou apparents, et des livres, monographies d'artistes dont je n'ai pas regardé les titres, absorbée par cette banane consommée et laissée là et qui se colorera, brunira, développera des formes connues d'elle seule, agissant comme si elle contenait son propre révélateur. Banane argentique isolée qui rejoindra bientôt les déchets. Je la garde en souvenir. Elle sera mon image mentale résumant l'événement.

mardi 12 novembre 2013


Était-ce du givre ou de minuscules lames de rasoir ? 
Était-ce un croissant de lune ou une faucille pour gorge généreuse ? 

Fallait-il pousser ou tirer ? 
Fallait-il scier ou ne pas ciller sciemment ?

La paix faisait ses premiers pas.
Comprenez-la.

lundi 11 novembre 2013


Et donc.
                                                                                  
On s'est foutu la paix.

vendredi 8 novembre 2013


Viral 

Un jour, peut-être, des humains dans des bureaux se rangeront à cette idée : les rongeurs du métro sont d'efficaces moyens de communication. Car on les regarde, eux, longer les rails, s'aventurer sur les quais. On les scrute. Obligés de s'avouer que nous partageons le même territoire. Sur leur pelage, pourquoi ne pas faire apparaître un petit logo ? Une mignonne virgule ? Une coquette arche jaune ? Cette suggestion me vient, alors que j'emprunte le réseau ratp pour éviter la pluie. Et je remarque de moins en moins de réclames pour des leçons d'anglais, des cours privés ou des expositions à caractère pédagogiques sur les parois des vieilles rames. Les vitrines sont vides, mais pas exactement vides. Comme décorées d'un papier vert*. Un motif qui rappelle celui d'une papeterie trop cher ou d'une marque de chaussures trop chères. Trop élégant pour être vraiment anodin. Je me questionne et trouve la réponse à cette énigme visuelle ici. Pour éviter les panneaux désertés par la pub ou décrédibilisés par de vieilles annonces, un studio de design graphique a imaginé cette occupation de l'espace média délaissé. Dans toute la France, en gares, on retrouve cette identité muette sans vraiment la reconnaître, en lieu et place d'un ancien aplat monochrome vert ou bleu, dont la rudesse ne pouvait pas être un geste, avoir valeur d'intention. Cet objet vert non identifié est baptisé Floating. Il circule, flotte ça et là. Dans l'air. Sans qu'on le voit. Ça m'fout la trouille que mon regard soit sur écoute. Ne peut-on pas laisser l'absence d'intervention s'épanouir comme une bonne vieille mauvaise herbe ? De cette volonté de contrôle créative, qu'en pensent les souris ? 

* Pour mieux voir de quoi ça parle : 

(mauvaise photo réalisée par mes soins)

(photo issue du site des Graphiquants)


mercredi 6 novembre 2013


On peut écrire en mangeant, en appréciant le paysage depuis la fenêtre d'un train, en écoutant de la musique, en regardant au loin un autre écran que celui où les lettres apparaissent et s'agglutinent, formant des mots qui ressembleront à la fin à des petits moucherons stupides qu'on chassera de la main. Mais il faudrait peut-être imaginer une écriture plus entravée. Loin du bureau, du chat, de la prometteuse lumière du matin. Pour constater ce que cela produit. J'y pense. La main droite attachée ou levée. L'assise sur un support mou, mais mou d'une façon difficile à imaginer. La bouche occupée par un élément qui ne pourrait l'accueillir complètement : un filet mignon cru, la moitié d'un fromage à page molle, une peau de chamois, une peluche d'enfant. Ou bien demander l'intervention d'un tiers. Quelqu'un de bien, de confiance, d'irréprochable même, à qui l'on aurait ordonné de nous souffler dans l'oreille toutes les dix secondes. L'effort exigé ailleurs, convoqué autrement, la concentration sur des enjeux externes, bien loin de la page, de la phrase, de la formation du sens. Je demande à voir. 

lundi 4 novembre 2013


You have two shoes 
You have to choose

Depuis la route, circulant à vélo, je regarde souvent, distraitement, en passant, les propositions du fleuriste qui égaient le trottoir. Mais là, devant les pots et les bouquets, c'est une femme, la soixantaine, qui emplit mon champ. Elle porte deux chaussures différentes. Un pied dans une toile couleur coquelicot et l'autre dans un cuir bleu marine. Elle trotte, un cabas sous le bras, comme indifférente à cette réalité dépareillée qui la relie pourtant à la terre ferme. Alors que je ne vois que ça. Un pied dans la tombe, l'autre dans le plat. 

dimanche 3 novembre 2013

jeudi 31 octobre 2013


On se creuse trop la tête, avec un bon burin, et du sang qui jaillit, pour trouver le costume ad hoc en cette soirée d'avant les morts, alors que tout est là, devant soi ! Il suffit d'un morceau de tissu, un voile, n'importe quoi, un bout de drap, une chute de dentelle, et d'une boîte, de la taille qu'on voudra, plutôt coffret que coffre, pour éviter le tour de reins à deux heures du matin, et voilà ! Déguisée en Pandore, mon objet sous le bras, je peux, à travers les rues, répandre la vieillesse, la maladie, la misère, la guerre, la famine, la folie, le vice, la tromperie, la passion. Il restera l'espoir, un peu lent, un peu gourd, qui aime s'attarder tout au fond de l'écrin. Je le garde pour moi. Ce vieux bonbon. 

mercredi 30 octobre 2013


Sainte Bienvenue 

(...) elle vécut de permanentes et difficiles mortifications, voulant imiter les souffrances du Christ, portant un cilice, une corde à même la peau qu'elle serrait fortement, s'injectant du vinaigre dans les yeux (...).

mardi 29 octobre 2013


Saint Narcisse

J'en profite donc pour me faire une déclaration d'amour, alors que : 
- Aujourd'hui google change l'interface de connexion à la messagerie gmail, et pour accéder à soi, il faudra désormais passer par un autre reflet graphique. Étrange est le miroir digital qu'on nous tend.
- Le baiser, qui consacre l'union (Vous pouvez embrasser la mariée) est irréalisable avec soi-même et ruine la possibilité d'un amour-propre, complet, satisfaisant. Dommage. Je ne peux m'empêcher de penser au roman de David Foster Wallace, Le Roi pâle, dont le chapitre 36 débute ainsi : "Toute personne a des ambitions, des objectifs, des initiatives, des buts. Le but de ce garçon en particulier était de réussir à poser ses lèvres sur le moindre centimètre carré de son corps." 
- Saint Narcisse, Évêque de Jérusalem (IIe siècle), estimé de tous, est mort à 116 ans ; ce qui me semble être une longévité anormalement exceptionnelle pour l'époque...

Bonne fête. 

dimanche 27 octobre 2013

Je brûle

Il l'a fait sans moi ! Après mon départ ! J'étais là pourtant, venue pour lui, pour sa présence massive et réconfortante, une douce cape sur les épaules, l'Etna. Je lui ai fait signe depuis la route menant à Syracuse, j'ai salué ses courbes, c'était il y a quelques jours de cela, je lui ai dit que j'aimerai son panache. Son feu. Son spectacle. Hier : la lave grandiose, la belle éruption. Sans moi. 

samedi 26 octobre 2013

Fait d'hiver


La nuit prochaine, on déplorera la disparition d'une heure, entre 2 heures et 3 heures du matin. En voici le portrait robot. Elle est faite de soixante ardeurs.
Si vous la retrouvez, merci de la ramener en carrosse.  

jeudi 24 octobre 2013


Et maintenant, ils pouvaient bien 
casser du sucre sur mon dos : 
le gâteau serait parfait ! 

mardi 22 octobre 2013


Il serait temps que je commence à penser à mon costume d'Halloween. 
Que je travaille l'effroi. Que j'enfile comme un gant la peur. Que mon apparition provoque une trouille sans limites.
Ma tenue d'assassinée est plus rose dragée que rouge sang et sur ma robe de grande faucheuse a poussé un décolleté plongeant. Dans un coffre, mes armes médiévales ont été refondues sans mon consentement en sautoirs couleur métal (arborant les inscriptions Love, Cool, piquées à Lanvin !) et mon uniforme d'infirmière militaire allemande (vendu avec un bras ennemi sectionné) est accueilli au mieux par l'hilarité générale au pire par la pulsion libidinale particulière. 
Je ne désespère pas de trouver, dans les dix jours, le miraculeux accoutrement qui fera de moi la plus redoutée d'entre toutes. 

lundi 21 octobre 2013


Rouge viscères à l'air
Orange bétadine séchée
Jaune hépatite fulminante
Vert médicolégal
Bleu ecchymose troisième stade
Indigo mouche à viande
Violet cernes profondes

Mais, il ne peut pas s'agir de la description d'un arc-en-ciel !

samedi 19 octobre 2013


-196°C le matin

Une cuve d'azote
au-dessus de nos têtes
refroidit les élans
surgèle les désirs
mais nous fait espérer 
le ciel revenu
la brume évaporée
la fin de nos verrues
nos lésions, nos questions
efficacement brûlées. 

mercredi 16 octobre 2013

La conjecture de Syracuse

De retour, le cœur avait des visions.
La roche n'était plus le pavillon de l'acrimonie et de la tyrannie.
Les secrets étaient d'un autre ordre et les murmures, aimables et sobres.
La beauté était entière, et chacune de ses manifestations dépendait de la présence d'un autre élément, qui la renforçait, l'enveloppait. L'éclat de la pierre venait de la lumière, dont l'éclat venait de la mer, dont l'éclat venait de la roche, dont l'éclat venait du temps, dont l'éclat...
Les mathématiques n'étaient pas encore prêtes pour de telles révélations, mais la fiction, si. L'histoire, enfin souveraine, pouvait vivre à Ortigia.  

mercredi 9 octobre 2013


L'oreille de Dionysios

Petite merveille d'acoustique
au creux de la roche antique 
l'oreille du stratêgos autokratôr
et de ses mille gardes du corps
tous ses ennemis sur écoute
au fond d'une grotte mis en déroute
même les courtisans redoutaient 
l'épée de Damoclès couperet 
leur sort pendu aux mots
du tyran buveur de trop 
de boisson à trépas
aller sur ses pas
à Ortigia.

lundi 7 octobre 2013


J'ai touché le fond de l'air
c'était ça 
ou
aller droit dans le mur du son.

samedi 5 octobre 2013


Le ciel chargé
une goutte
toque
le pavé 

Le cil charmé
elle goûte
et se toque
dépravée

vendredi 4 octobre 2013

Partialisme : Etats Généraux IV 
Aujourd'hui : l'émotion capillaire 






mercredi 2 octobre 2013

D’humeur 
à peindre
la ville 
en rouge !

(je regrette seulement que cette expression, to paint the town red, n'existe pas en français. Elle me plaît bien). 


lundi 30 septembre 2013


Trentièmement


Je sais les jours bien plus malins
je le tiens de la rosée du matin.

dimanche 29 septembre 2013


Vingt-neuvièmement

J'accepte les jours sans
parfois je vis avec
le moins possible s'entend
les jours avec
s'ils m'acceptent
nous fêtons ça
des heures durant !

mercredi 25 septembre 2013


Vingt-cinquièmement

Je n'ai pas fait le quart 
je n'ai pas saisi le tiers
je n'ai pas lu le moindre
je n'ai pas su la moitié
je n'ai pas tout dit
je n'ai pas aimé le seul
je n'ai pas vu la queue d'un.

mardi 24 septembre 2013


Vingt-quatrièmement

Je lui dit La fiction ou la vie ?
le perroquet me répond Ni ni 
pourtant 24 images seconde
pourtant 24 heures journée 
mais ils avaient conçu depuis
des systèmes élaborés
préquelles et modes instantanés 
je lui dit Mais alors, le rêve ou la fin ?
le perroquet s'est tu, assoupi.

lundi 23 septembre 2013


Vingt-troizièmement 

Suis-je un despote esseulé
réfugié soûlographe
qui, à défaut de compter ses sujets
s'invente des lois et des priorités 
dites 23
avec moi
car de 33 il n'y aura pas
par ici les beaux lobes
les poumons sexygénés
mettez-ça sur ma note
rangez-ça dans mon pré. 

dimanche 22 septembre 2013


Vingt-deuxièmement

J'épèle :

a comme après / avant





e comme été / ermitage

samedi 21 septembre 2013


Vingt-et-unièmement

Ce que je syllabe !
ce que je phonème !
ce que je ptyalise !
un vrai moulin.

vendredi 20 septembre 2013


Vingtièmement

J'en avais soupé 

de la dizaine bravache
se voulant plus grosse que le neuf
de l'unité fiérote 
cachant un moral à zéro
bon débarras ! 
voici la vague multitude
horizon anonyme
je respire.

jeudi 19 septembre 2013


Dix-neuvièmement

J'ai usé de mes doigts 
comme de petits soldats
respectueux du drapeau
primo, deuzio, tertio
maintenant
il est temps
qu'ils se reposent un peu
dans l'écrin de leur choix. 


                                 L'âge d'Or, Luis Buñuel (1930)

mercredi 18 septembre 2013


Dix-huitièmement

Je vous présente 
le majeur
votre honneur
si fabuleux
quand il s'élève
cygne au cou gracile
dont le bec est furieux.

mardi 17 septembre 2013


Dix-septièmement

Je l'attendais comme le messie celui-là
mon dix-sept pionnier
mais si regarde 
il ouvre la voie
avant lui aucun
ne se déploie si bien
venir à deux 
un tiret entre eux
un lien à jamais
peut-être une suture 
mais ne le dis pas.

lundi 16 septembre 2013


Seizièmement 

Je saute sur l'occasion
pour
pour quoi déjà 
ah oui
pour dire
que je n'ai rien à déclarer
pas de pécule de patates
ni de fécule en purée
pas de mine mon trésor
ni de gomme diamantée
pas de dettes à effacer
ni de courroux amidonné

dimanche 15 septembre 2013


Quinzièmement

J'ai un entracte sur le feu
la mi-temps doit aller pisser
pendant ce temps
papote avec la pause
chère moitié.

samedi 14 septembre 2013


Quatorzièmement

J'ai des besoins fondamentaux. 
Petites plaques tectoniques. 
Ils croissent et décroissent comme la lune. 

vendredi 13 septembre 2013


Treizièmement

Je suis passée sous le chat ouvert au milieu du salon et j'ai vu, depuis le miroir brisé en morceaux impairs, installé sur la nappe aux motifs boules de loto, un convive à l'envers, les quatre fers en l'air, jetant par-dessus bord du pain vert ! Une journée pleine de promesses. 

mercredi 11 septembre 2013


Onzièmement

Je les ai rassemblé 
mes cadors, mes champions
mes rêves aux cheveux longs

on se donne des bourrades
on crache dans nos mains
on bouboule notre hymne
on déboule sur le terrain

c'est la nuit
sans la lune

j'ai crié du nerf, du muscle, de l'imagination
à mon corps en sommeil
à mes yeux déjà loin

personne dans les gradins
et tous les spots éteints

j'ai dormi tout du long
il n'y a pas eu de match
aucune prolongation

mardi 10 septembre 2013


Dixièmement

Je plie des fourchettes
avec la force de ma tête
j'amollis des cuillères
par le fait d'une prière
mais je suis incapable
de compter jusqu'à dix
mais je suis infoutue
de regarder l'avenir
et quand je veux dîner
je n'ai plus de couverts

lundi 9 septembre 2013


Neuvièmement 

J'adopte un nouveau comportement
je ne le choisis pas
je l'accueille en parent, en lui ouvrant les bras
les refermant sur un berceau de desiderata
j'apprends à le connaître
découvre, je ne soupçonnais pas

puis il grandit
et mue en moi.

dimanche 8 septembre 2013

samedi 7 septembre 2013


Septièmement

Je forme un voeu 
et file chez la boulangère, lui dire de quoi il retourne, pendant qu'elle pose la boule aux farines compliquées sur la langue de métal afin de la couper. 
J'ai bon espoir qu'elle le marmonne entre ses dents, qu'il s'en offusque et décide de rejoindre la première langue qui s'offre à lui (palais qu'il n'aurait pas dû quitter), allant ainsi se faufiler entre deux tranches sorties du four et à moi destinées. 
Protégé. Plus moelleux. Surprise du petit-déjeuner.
Ça ne mange pas de pain. 

vendredi 6 septembre 2013


Sixièmement

J'oralise depuis le Premièrement, 
Alors vous ne m'en voudrez pas 
Si je languefourche
Si je lapsusse
Si je dyslexe.

jeudi 5 septembre 2013


Cinquièmement

Je regarde ma main
les doigts au garde-à-vous
énumérant le tout
forme plate à mon goût
de l'adieu au coucou
de la gifle à la joue
mais aussi mais surtout
piste d'envol 
d'où décolle
le bisou
rampe d'accès
aux excès.

mercredi 4 septembre 2013


Quatrièmement

Je fais la part du feu
et me brûle en entier

Je fais d'une pierre deux coups
et me blesse le pied

Je fais ce que je peux
et donc tout à moitié

Je fais le nécessaire
en serrant le gosier.
et bat le pouls à mon poignet.
le pouls à mon poignet.

mardi 3 septembre 2013


Troisièmement

Je mange un ananas
J'en mange deux
J'en mange trois
Je ne mange plus que ça
Sans m'douter que voilà 
Un bézoard au fond de moi !

lundi 2 septembre 2013


Deuxièmement 

Je porte un t-shirt 
une inscription noire sur le devant
ONE DAY ONE GOAL
et je marche très très lentement
vers rien
le pas traînant
à tuer le temps.

dimanche 1 septembre 2013


Premièrement

je vois l'homme attablé sa femme 
est une bouteille de vin rosé
il se tient à la même table 
exactement 
derrière la même vitre de restaurant 
son plat chinois son dimanche couperosé

je croise l'homme qui court
à reculons ses muscles longs
remontent le courant
parcours du combattant
dans la rue de belleville 
où peinent les piétons

je regrette la boutique pieds
sensibles talons mous comme 
des aires de jeux pour enfants
fin de règne
le châtelet perd une enseigne
de renom

j'aperçois dans les magasins
éclairés au néon
ces nouveaux articles affriolants 
lingerie fausse dentelle
plutôt que t-shirts et pantalons
le vice du commerce en action.


vendredi 30 août 2013

...
Et je tombe sur cette phrase, venue d'un compte Twitter : 
"We live in an era where people announce the anniversary of their blogs." Rob Simons (tweet du 18 mai 2013)
Je décide de la relire, croyant la décontaminer, la neutraliser, en l'approchant en français : "Nous vivons dans une époque où les gens annoncent l'anniversaire de leurs blogs".
Un vent du Nord s'abat sur moi. J'ai fait ça. Je participe à ça. La seule chose qui vient à mon esprit alors ? Me dire que c'est un peu comme si j'avais délivré l'information suivante : "Je suis heureuse de célébrer devant vous aujourd'hui ma nième masturbation". 
Et puis, presque simultanément, je découvre ceci sur un blog : 
"Voici donc la deux millième page de L'Autofictif. La formule est aujourd'hui un peu usée et j'ai résolu de lui substituer dès la rentrée trois motets quotidiens dédiés à la Vierge Marie." Éric Chevillard (vendredi 16 août 2013).
Je décide de ne pas traduire en anglais cette belle affirmation et je décide aussi de ne pas bouder mon plaisir. Je vais continuer à aimer faire ça.